30.5.06

Dead like me.

Tout à coup, elle se grognuffle en sursaut. A travers les volets, la lumière est diffuse : à vue de nez, six heures du machin.
L’accident, pense-t-elle toutdesuitement.

Elle se rebigorre tout : l’ombre dans les phares, le crissement des pneus, le froissement des tôles, le gnaoufrement du choc. Puis le vol plané à travers le pare-brise, la douceur de l’herbe mouillide, les crépitulations des gens s'approchant.

Après ? Plus rien. Même pas les starènes de l'ambulate.
Eh bien ! malheureuse-t-elle. Cette fois, ça y est

Elle vient d’avoir trente-cinq ans. Ouvre un œil, le sentiment d’un mal diffus mais supportable – en attendant de voir. Autour d'elle, les vêtements sur la parchaise, la fenêtre entrouverte, tout est clamal ; en ce matin d’été qui s’installe, elle est dans sa peunole, allongée sur son lit, nulle flamme ne rôtit ses chairs. Elle bouge un os, ressent cette gêne à la cuisse… Pas de quoi se tordre non plus. Bref : saine et normale partout, sauf, peut-être… ce froid ?

C’est donc ça, l’enfer.
Pas mal comme accueil, se vélocipéde-t-elle. Au moins, on n’est pas dépaysé

Pourtant, il y a cette question qui la schnourfe : comment a-t-elle pu se laisser prendre, elle ? Elle est bien en peine de répondre. Au fond, c’est l’absence totale de ce qui est arrivé après la soirée qui la dégniaque. Une seconde, elle fulgure qu’il ne s’est rien passé ; qu’elle est restée gentiment caoutchée chez elle, à siroter son café devant la télédiction, jusqu’à ce que le sommeil lui catasphère les yeux. Son ordinaire, quoi.

Elle se redresse, tréfouille dans ce qui lui reste de tête. Revoit les visages de la soirée, les buffets dressés, la musique de la fête. Et le trajet – celui de l’aller.

Le rideau se ferme. C’est fini. Elle va devoir s’y faire.
Merte, se gréémente-t-elle. C'est bien ma veine !

Effectivement, c’est trop bête. Trente-cinq ans. L’âge où ce qu’on a goûté jusque-là vous donne plutôt envie d’y revenir. L’âge où il est trop tard pour mourir sur la croix – trop tard pour mourir jeune.

Elle tressaille. Le chat couché le long de sa cuisse lui léchouille le bout des doigts. Elle se penche, embrasse la bête. Dernier pitch.
C’est toujours ça de pris, dit-elle. Adieu, mon Rex

Quand le frognu se lève pour sauter sur la fenêtre, la gêne disparaît de sa cuisse. Elle n’a rien. A son tour, elle se lève.
Bon, se met-elle à priller. Trop tard pour un café, je suppose…?





(Ma participation au Diptyque d'Akynou. Photo Anideg)

18 PETIT(S) COMPRIMÉ(S):

Blogger Ally a écrit...

Comme d'hab : trop fort ! ;)

30/5/06 7:26 AM  
Anonymous jujuly a écrit...

"trop tard pour mourir jeune"...
...
floug alors, ça me boulignote !

30/5/06 8:59 AM  
Blogger Roger a écrit...

Oui c'est un bel âge 35 ans (enfin moi je dis ça...).
L'âge pour prendre des cafés quand on veut. Même trop tard.

30/5/06 9:14 AM  
Blogger Telle a écrit...

Bravo !

La "télédiction",je me le garde au chaud.

30/5/06 10:42 AM  
Anonymous samantdi a écrit...

Oh cette Anitta, alors !

(ne sait rien dire d'autre, cette fois, avec le sourire, d'autres avec le coeur serré mais quand même, un peu, aussi, au fond... se demande si ce thème...sans mots pour le dire, être obligée d'en inventer)

La bonne nouvelle : un nouveau billet (merci Akynou)

30/5/06 12:18 PM  
Anonymous akynou a écrit...

Ha ! c'est beau.
Tu sais toi, je t'aime :-)
Je pense qu'Ani (la photographe) va aimer aussi (pour peu que tu la crédite un peu ;-)).

30/5/06 1:46 PM  
Anonymous akynou a écrit...

Merdum, j'ai déconné. J'avais pas vu le nom d'Ani, je suis une fille stupide… Je vais me coucher tiens !
Mille excuses gente dame

30/5/06 1:47 PM  
Anonymous blog-trotter a écrit...

Somptueux carnaval de la langue. Je vois derrière ces mots plus nouveaux que le beaujolais une prêtresse polyphonique, en prose comme en vers, célèbrer une véritable saturnale de l'innovation, un magnificat du torrentiel, une sonate au nez poétique. "Tout est nouveau pour qui sait regarder d'un oeil neuf "disait je ne sais plus qui.
Je vous baise la main, madame, en guise d'applaudissements.

30/5/06 4:09 PM  
Anonymous Traou a écrit...

Je ne pourrais plus jamais me grognuffler en sursaut sans penser à toi, Anitta, au sortir d'un rêve crapouillaud, qui ressemblera à tes modimots, sûrement...

Merci fédunor

30/5/06 8:52 PM  
Anonymous ka a écrit...

L'Attrape-coeurs a de nouveau frappé ! La "Fédunor", la fille plutôt pas moche et plutôt pas conne m'a encore prise dans son filet !
Ne voyez aucune allusion malsaine mais je suis bloggueusement amoureuse d'elle ! De ses mots, de ses facéties burlesques, de ...

30/5/06 9:17 PM  
Anonymous alice a écrit...

Bon, ben, ya pu qu'à fermer son clapet, tiens je vais sentir le parfum de mes roses, c'est encore ce que j'ai de mieux à faire. Bisouilles.

31/5/06 8:15 AM  
Anonymous Patrick a écrit...

je viens de lire cela à sept heures du machin et ça m'a gronufflé

31/5/06 12:11 PM  
Anonymous Cath & Vince a écrit...

Pas d'heure pour un café, surtout dans notre ch'Nord ! (pour nous c'est sans sucre)
Et la magie opère, encore...

31/5/06 2:40 PM  
Blogger Etolane a écrit...

"question qui la schnourfe", j'adore cet étrange terme schnourfe!!! Et les photos d'Anideg sont toujours un délice, un peu comme toi! ;)

31/5/06 3:14 PM  
Blogger Bang bang a écrit...

Elle, ne s'attache pas. Quel esprit !

1/6/06 2:43 PM  
Blogger tirui a écrit...

allez avoue, anitta, tu es la fille (très) spirituelle de Queneau et Michaux. Tes exercices de style sont épatonnants et sublifiants.

2/6/06 9:51 PM  
Blogger Vroumette a écrit...

Comme tous je me suis délectationnée de ce texte. Pour une fois que je trouvaille un cat-intérêt, je ne rechignerai pas sa présence.

Impossible de ne pas penser à Spirou et Fantasio lorsque je lis Schmorglu (Zorglub), ça ne le fais qu'à moi ?

5/6/06 3:57 PM  
Anonymous barnabé a écrit...

Ouaip, 35 ans ça le fait bien quand même !

6/6/06 9:48 AM  

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