11.7.05

Quelque chose de Tennessee.

Alors, c’était l’année de son retour, ou son anniversaire, je ne sais plus. En tout cas c’était exceptionnel. Il ne fallait pas le manquer : c'était LE concert de l’année (in english : THE concert of the year).

Moi qui ne me suis jamais remise d'avoir loupé Barbara un soir d'hiver à L., je pouvais comprendre sa fébrilité le jour où Franck a ramené les précieux Sésame à la maison ; mais de toute façon il n’y avait pas à discuter : ce concert était O-BLI-GA-TOI-RE. Pour vous dire : même Christine était convoquée – pardon : invitée. Elle, et son copain aussi ; lui c’était l’Homme De Sa Vie (je dois à la vérité d'avouer qu'elle m’en a présenté d’autres depuis).
Sous les travées du stade, dans le petit local qui abritait le service des urgences, le médecin de garde était un Pakistanais très stylé prénommé Adounniss. Un charmant jeune homme d'une trente-cinquaine d'années, avec des yeux profonds comme les cheminées d'Arcelor et, quand il vous dévisageait, le regard aussi noir que les fumées qui en sortent.

Dans sa famille, aussi loin qu'on remontait, on était médecin. Ses ancêtres étaient guérisseurs, sorciers ou rebouteux ; lui était le premier à avoir passé ses diplômes. Malheureusement, ils ne lui permettaient pas d’exercer en France ; enfin, pas comme docteur en titre, en tout cas. Par contre, pour gérer le défilé des éclopés qui venaient s’affaler sur les brancards de son infirmerie, évacuer les uns à l’hôpital ou donner un cachet d'aspirine aux autres, il était parfaitement compétent.

Adouniss ne prenait aucun risque. Avec lui c’était systématique : il envoyait tout le monde à l’hôpital. Par précaution. Aujourd'hui, j’espère que ce n’est pas lui le médecin du PSG ; parce que sinon, ils ne doivent pas souvent finir leurs matches à onze…

A chaque nouvel arrivant il demandait : « Et toi, qu’est-ce que tu as pris ?" La plupart répondaient des trucs du style : "Ben, je sais pas ce qui s'est passé, j'ai trouvé une cigarette par terre et quand j'ai voulu l'allumer…" ou encore : "Dites, vous trouvez pas que la bière a un drôle de goût ?"…

Mais à moi il n’a rien demandé.

Tu m'étonnes.

Je suis entrée blanche comme un linge, portée par deux pompiers, ma sœur sur les talons et les deux hommes derrière. A côté de moi, Rocky Balboa traversant le public du Madison Square Garden avec ses entraîneurs et ses soigneurs, c’était peanuts.
Le périphérique était bouché on est arrivés à la bourre jusque-là tout allait bien comme de vrais provinciaux on a fait tout le tour du stade avant de trouver l’entrée mais puisque je vous dis que j'ai vu le panneau jusque-là tout allait bien on a gravi des escaliers sans fin puis on est passés sous les gradins jusque-là tout allait bien j’entendais la foule qui grondait je m’étais préparée jusque-là tout allait bien et pourtant au moment de m’asseoir j’ai éprouvé la sensation que 50.000 paires d’yeux se tournaient tout à coup vers moi, comme si on n’attendait plus que ma petite personne pour commencer et que j’étais LA responsable du retard que la soirée avait pris. Et là, ça n'a plus été bien du tout.

Ça ne m’avait jamais fait ça auparavant. Une sorte de bouffée de chaleur qui me remontait sous la peau et me hérissait l'épiderme. Ni une ni deux, j’ai tourné de l’œil dès que nos héros ont proposé de nous abandonner là pour aller chercher à boire.

Youhouhouh…


[Aujourd’hui dans les manifs, je suis devant. Pas dans le carré de tête, non : devant. Devant les cameramen et les photographes – tout devant je vous dis. Je suis celle qui n’apparaît pas dans les statistiques de la police et les estimations des organisateurs, je suis celle qu’on ne compte pas, je suis celle qui ne compte pas. Toute l’histoire de ma vie, hahaha].
Honnêtement ça n’a pas duré longtemps. Dans les escaliers, dès que je n’ai plus vu la foule je me suis sentie mieux. Mais les bras de mes pompiers étaient si confortables…

Adounniss a voulu m’évacuer à l’hôpital moi aussi ; mais Christine s’y est opposée avec un tel regard qu’il n’a pas insisté. J’ai donc eu droit à mon petit cachet d’aspirine.

Assez rapidement, nous avons renvoyé les hommes qui piaffaient d’impatience en me voyant reprendre des couleurs, et on s’est tranquillement assises sur un brancard, c’était sympa. Adouniss nous a même offert un café – un liquide marronasse si bouillant qu'il a fallu le laisser reposer des heures avant d'y tremper les lèvres. De temps en temps, tout de même, je devais me lever pour laisser s’allonger un éprouvé plus gravement abimé que moi.

J’ai appris des choses incroyables au cours de cette soirée. Savez-vous que le pire ennemi de la Croix-Rouge s’est longtemps appelé Patrick Bruel ? A sa grande époque, ils devaient évacuer dans les 150 personnes à chacun de ses spectacles. Et patati, et patata… Pour un peu à la fin on s’échangeait nos téléphones.

Bref.

Deux heures et demi plus tard les hommes nous ont rejoint sur le parking.

Ils avaient l’air content.

Pour vous dire comme ça allait mieux : au retour, c’est moi qui ai conduit.

Un bon concert, en définitive.

Concert of the year, assurément.

Par contre, il y a une chose dont je ne me souviens plus…

C’était qui le chanteur, déjà ?




(photos X)

7 PETIT(S) COMPRIMÉ(S):

Blogger Ally a écrit...

Si c'était vraiment le concert de Johnny Hallyday, alors t'as bien fait de faire ton malaise et de passer la soirée avec tes pompiers !!! lol.

Thanks a lot for the mail !!! :D

11/7/05 7:01 PM  
Blogger Aude dite Orium a écrit...

peut être que t'as rien perdu, et que même que peut etre que le medecin était plus frais que le chanteur, non?

12/7/05 2:07 AM  
Anonymous barnabé a écrit...

Quand je pense que Johnny n'est même pas venu se soucier de ta santé, ça me dépasse !
ça casse le mythe.
Bigre alors.

(et donc pour la photo, c'était non)

12/7/05 9:20 AM  
Anonymous mel'O'Dye a écrit...

*langue tirée épuisée par ce suspense épouvantable*

mééé heuu ??? c'était qui alors sur la scène ???

12/7/05 10:41 AM  
Anonymous nam-nam a écrit...

tiens --- à retenir pour le prochain concert des red hot chilli peppers :-)

Merci pour le bon plan m'dame hallyday

12/7/05 12:20 PM  
Anonymous nam-nam a écrit...

Ma chère Laetitia,

A choix, préférez-vous m'accompagner voir les red hot chili peppers à une date non encore connue ou ... le 17 août pour Marylin M. (pas Monroe mais l'autre ... )?

12/7/05 1:14 PM  
Anonymous Anne a écrit...

Ca me rappelle comment les parents ont loupé le concert du même.

Déjà que ça m'avait trouée qu'ils aillent voir Johnny, que ça m'avait trouée encore plus de savoir que maman l'avait déjà vu (mais bon, il y a genre près de 40 ans, elle n'avait pas tout son bon sens à l'époque et puis elle venait de râter les Beatles).

Mais bon la maison n'a pas brûlé pendant qu'ils loupaient le concert, alors ils n'ont pas eu besoin du médecin de l'équipe de foot locale :

14/7/05 4:16 PM  

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