5.7.05

J'irai au bout de mes raves.

Bon. Résumons, voulez-vous ?

Il est trois ou quatre heures du matin, je suis quelque part au nord de Londres (aujourd'hui j’ignore toujours le nom de cet endroit). Je suis sur un vaste champ où une rangée de camions épandent leurs sons dans la campagne, devant 2 à 3000 jeunes (à vue de nez, mais je n'ai jamais été douée pour les estimations) qui se trémoussent frénétiquement au rythme sourd des infrabasses.

Actuellement, je me trouve dans un secteur vaguement éclairé qui ressemble à un camp de réfugiés, où 300 personnes (toujours à vue de nez) prennent un repos bien mérité. Certaines dorment, affalées sur un sac de couchage, d'autres discutent paisiblement, la plupart descendent à grandes gorgées de l’eau ou de la bière en s’esclaffant joyeusement.

Derrière moi il y a un bar, des vendeurs de merguez, et des stands dans lesquels des associations de prévention vendent des pin’s et distribuent des préservatifs. Plus loin, dans une tente à l'écart des autres, est installée cette superbe exposition sur les fragments de blogs du XIXème siècle retrouvés par Yves Coppens (je plaisante).

A part ma sœur, je ne connais personne ici.

Notre cousin nous a déposées elle et moi voilà une grosse heure, en nous indiquant qu’il enverrait quelqu’un nous chercher en milieu de matinée pour nous ramener à la gare.

Comme l’essentiel de mon argent liquide est passé dans la lampe, je ne dois guère avoir plus de 100 francs sur moi ; de quoi m’offrir environ deux litres de ce breuvage que nos amis britanniques osent appeler du "café". Et, pour vous décrire complètement le problème, un monstre sauvage et baveux vient de m’arracher ma lampe et s’enfuir à la façon d’une tornade.

Maintenant, répondez-moi, là, juste pour savoir.

QU’EST-CE QUE JE FOUS LA ?

Sur le coup je suis restée coite. Tâchez de comprendre : ce n’est que d’aujourd’hui que cette lampe a de la valeur pour moi. A ce moment-là, ce n’était encore qu’un bel objet, c’est tout. Pour tout dire, j’en avais fait mon deuil, de cette fichue lampe ; j’appréciais surtout de ne plus avoir tous ces chiens sur le dos. Heureusement, Christine ne l’entendait pas de cette oreille. Elle s’est tournée vers les autres et mise à hurler.
Look ! The dog has taken the lamp !

Sont-ce ses cheveux rouges qui ont électrisé l’assistance ? Est-ce plutôt son accent si typically frenchy ? Je parie pour les deux. En tout cas, ç’a été magique : autour de nous, tout le monde s’est levé, tandis qu’une dizaine d’intrépides traversaient la rivière à toutes jambes pour tenter d’attraper le chien.

[Aujourd’hui, quand on prononce le mot "rave" devant moi, c’est d’abord cette image qui me revient : ma sœur et moi au milieu de trois cents poivrots endiablés, encourageant follement une dizaine d’abrutis faisant la course avec un chien.]

Très vite, quelqu’un a braqué un projecteur de l’autre côté de la rivière et crié qu’ils avaient intérêt à repasser vite fait de ce côté vu que ce champ-là était interdit. Mais, occupés qu’ils étaient à cavaler derrière le corniaud en essayant de l’encercler, pensez-vous qu’ils l’ont entendu ?

De toute façon, vous avez deviné : rien n’intéressait plus le chien que le papier, sans doute parfumé à la viande ou au poisson, dans lequel mon Chinois avait enveloppé la lampe. Ce qui ne l’a pas empêché de mordre méchamment la main du premier qui a tenté de le prendre au collet.

Le second a eu plus de chance. Lui, c’est son mollet que le chien a griffé d'un coup de patte.

Finalement, le troisième a réussi à attraper ma lampe.

Et notre bande de joyeux imbéciles de retraverser en courant.

Ils sont venus vers moi, tous, et un costaud au bras qui saignait a brandi la lampe vers moi comme un trophée, pendant que ses copains l’acclamaient. Je ne savais pas quoi faire. J’étais gênée !

Alors je lui ai fait la bise. A lui, et à tous ses copains.


Entre nous, je ne me suis jamais fait autant d’amis aussi vite que cette nuit-là. J’ai fait des progrès en anglais à une vitesse que vous n’imaginez pas. Enfoncés, Jerry et Tom les petits punks !
Hi, I'm Anitta ! I work at London Electricity (enfin presque hein). Do you know our new contracts ?

A la fin, ils ne voulaient plus nous lâcher. Le copain de mon cousin est arrivé à point nommé pour les empêcher de nous emmener dans une autre rave.

Faut pas abuser des bonnes choses, moi je dis.

Croyez-le, des mois plus tard on riait encore de cette nuit-là.

Parce que, maintenant que vous connaissez l’histoire, imaginez ma sœur la raconter de vive voix, en mimant chaque personnage, ceux qui couraient après le chien, ceux qui se sont fait mordre, ceux qui encourageaient les autres en criant… Et le chien (elle fait très bien le chien) et moi (il paraît qu’elle m’imite très bien aussi).

Et la scène du bisou collectif, et toutes les affreuses bêtises que ces zouaves nous ont racontées.

Rien qu’y penser, j’ai les yeux qui me piquent.



Une fois rentrée chez moi j’ai soigneusement lavé la lampe. Gratté la bave, la sueur et le sang. Franck l’a redressée, et a gommé les bosses trop visibles. Malgré tout, sur le côté on distingue encore clairement la trace des crocs.

Je l’ai installée sur une tablette dans ma nouvelle entrée. Tous ceux qui entrent ou sortent de chez moi passent devant.

S’ils connaissaient son histoire…

Ha ha.




(photos X)

7 PETIT(S) COMPRIMÉ(S):

Anonymous Anne a écrit...

Comme quoi le poivrot anglais électrisé est capable de tous les héroïsmes, et ça c'est sans doute aussi beau que ta lampe !

Bisous

5/7/05 9:17 AM  
Anonymous m'x a écrit...

Je soupçonne ton histoire d'être ni plus ni moins qu'une énorme métaphore pour nous faire comprendre sans le dire que tu avais abusé de LSD.
J'ai vu clair dans ton jeu : Lamp Stolen by a Dog.
;)

5/7/05 3:30 PM  
Blogger Etolane a écrit...

Et ton rire est communicatif car moi aussi j'ai rigolé devant mon àcran à la lecture de ton aventure! :D

5/7/05 6:19 PM  
Anonymous AILES a écrit...

comme quoi y' a des objets qui ont de drôles d'histoires

sourire

5/7/05 6:57 PM  
Blogger Ally a écrit...

Bah tu vois, il était quand même cool ce chien, il a renoncé à son election de roi pour te restituer une lampe personnalisée !!! T'en trouveras pas 2 avec des empreintes de croc de l'ex futur roi des chiens !!! :D

5/7/05 8:20 PM  
Anonymous barnabé a écrit...

Ton histoire me laisse songeur, ou plutôt 'raveur' devrai-je dire !

Et quant à l'idée de chwings de Bobi, j'ai vite fait une association d'idée entre tous les baisers distribués et des chwings récupérés...
Enfin j'me comprends et ce n'est pas très propre...

6/7/05 8:39 AM  
Anonymous nam-nam a écrit...

Comme quoi - les anglais, même plongés dans leurs 'raves' savent rester gentlemens
- et rien que pour voir cette lampe on veut tous venir chez toi boire un vrai café et rire à pleines dents (là c'est déjà fait, j'ai éclaboussé mon écran de lait)

7/7/05 9:00 AM  

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