7.7.05

Mon grand-père ce héros.

On m'écrit ; on me téléphone ; on m'appelle ; on vient me voir ; c'est que, dame, on veut savoir : dis Anitta, d'où vient donc ce caractère de mule dur au mal qui est le tien et, plus généralement, celui des hommes et femmes nés comme toi dans ce fameux port de la Mer du Nord… que n'a pas chanté Jacques Brel ?

Bien que dotée, du côté de mon père, d'un arrière-grand-père dont je finirai bien un jour par chanter les louanges, à tous ceux qui me posent la question, je n'ai qu'une réponse, qu'habituellement je décline en deux temps trois mouvements : un, mon gant dans la figure de l'impudent ; et deux, sortant mon épée de son fourreau… En garde, goujat ! Au nom du Roy !

Ni Fausta ni Milady, ni Marquise des Anges ni Caroline Chérie, mon insolence et celle de mes sœurs et frères d'armes est inscrite dans mes gènes ; enfoncez-vous ça dans la tête, nous ne sommes pas pour rien les descendants lointains d'un de ces héros comme notre époque, hélas, n'en fabrique plus. Aussi, deux précautions valant mieux qu'une, tricotons ici, à l'attention des affligés de la comprenette, les fils d'une légende dont je tente chaque jour de me montrer digne. Bon – en toute humilité, n'est-ce pas ?

Jean Bart, salut, salut à ta mémoire
De tes exploits tu remplis l'univers ;
Ton seul aspect commandait la victoire,
Et sans rival tu régnas sur les mers

C'est pas l'homme qui prend la mer, a dit le poète : c'est la mer qui prend l'homme. Je vous pose la question : à qui d'autre que Jean Bart pourrait mieux correspondre cet évangile maritime ?

Qu'on retienne, d'abord, que quand il naît le 21 octobre 1650 à Dunkerque, rien ne le prédestine à devenir le "plus grand corsaire du Roi-Soleil", et pas ses origines en tout cas : sa famille (marins, capitaines, armateurs) d'ascendance flamande, le pousse à choisir la flotte hollandaise pour s'enrôler. Ce n'est qu'en 1672, lorsque la guerre éclate entre la France et la Hollande, qu'il regagne sa ville natale et s'installe corsaire pour Louis XIV.

Rappelons au passage que corsaire, aujourd'hui comme hier, est un métier des plus précaire : si on conserve une partie de ses prises, on arme soi-même son bateau et on se bat à ses risques et périls, tout en restant au service de l'Etat. Cent ans avant Surcouf, Jean Bart va structurer la profession ; sous son égide, les corsaires des dunes se révéleront d'une redoutable efficacité : en trente ans, 3 000 navires capturés, et plus de 30 000 prisonniers.

Il faut dire qu'à lui seul, il accumule les courses et les victoires ; plus de cinquante en quatre ans. Il est le roi des corsaires, et ne rechigne pas, à l'occasion, à s'attaquer aux navires de guerre ; ce qui conduit Colbert à lui proposer d'entrer dans la Marine Royale. Le géant (2m) des mers accepte et, dès lors, sa carrière enchaîne fortunes de mer (nombreuses) et promotions à terre (fameuses).

Nommé lieutenant de vaisseau (1679), il harcèle les Anglais et les Hollandais jusqu'en Mer Méditerranée, où il mène la chasse aux Barbaresques. Capitaine de frégate (1686), il développe et met en pratique une stratégie militaire reposant sur l'utilisation rapide de frégates ultra-légères, préfigurant avec deux cent-cinquante ans d'avance les fondements théoriques de la guérilla moderne. Jean Bart ? Le Che Guevara des mers.

Au delà de cet héritage, sa légende va surtout se forger autour de quelques épisodes dont le souvenir irrigue à jamais les veines des natifs dunkerquois. En 1689, alors qu'il escorte un convoi vers Brest, il est capturé par les Anglais. Qu'importe ! Pas sitôt enfermé dans sa geôle, il s'en évade, traverse la Manche à la rame et débarque trois jours plus tard à Saint-Malo. Aux yeux de tous, et de Louis XIV en particulier, il devient un exemple.

Son exploit le plus célèbre se déroule en 1694 ; à la tête d'une flotte deux fois inférieure à celle qu'il assaille, il parvient à forcer le blocus anglais et capturer, au large du Texel, un énorme convoi de 130 navires chargés de blé. Bingo ! Cette prise, effectuée alors que la famine sévit en France, fait de lui un héros national.

Deux ans plus tard, rebelote et dix de der ; en une seule bataille, Jean Bart (prononcez : Yan Bartt) détruit l'intégralité de la flotte harenguière des Hollandais. Zou, encore 80 vaisseaux coulés !

On le mène à Versailles où, devant une cour en admiration, Louis XIV le décore de la Croix de Saint-Louis. Quand, en même temps, il le nomme chef d'escadre et lui demande ce qu'il en pense, le souverain médusé s'entend répondre : "Sire, vous avez bien fait !".

Et il le prouvera jusqu'à sa mort le bougre, multipliant les exploits, jusqu'à ce que Neptune le rappelle à lui… Et c'est ainsi que, le 27 avril 1702, à 52 ans, Jean Bart s'éteint des suites d’une méchante pleurésie, contractée alors qu’il était à la barre de son Fendant.

Il n'y a rien à dire sur sa statue, érigée en 1847, inaugurée avec les honneurs qu'on imagine, lieu de rendez-vous et point central d'une ville à l'horizon pourtant sans limites ; un peu trop guerrière à mon goût, elle est pour certains un sommet du kitsch, et pour d'autres un symbole du patriotisme ; elle est surtout la miraculée des bombardements de 1945, lorsque la ville fut détruite à 90% et qu'elle resta, seule, debout dans les ruines.

Mon grand regret, c'est qu'aucun film d'envergure n'ait été tiré de ses aventures ; car alors, voilà un film de cape et d'épée qui eût pu porter loin sa légende ! Voilà un film qui saurait expliquer mieux que ce long discours la vaillance, le courage et l'abnégation des fils de Dunkerque ! Et, par la même occasion, qui décrirait le caractère parfois rude, souvent exigeant mais toujours sincère de ses filles !

Mais l'histoire, sans doute, était trop longue à raconter…




(photos X)

6 PETIT(S) COMPRIMÉ(S):

Blogger Ally a écrit...

Ca me fait penser aux histoires de pirates tout ça ! Bah tu sais ce qu'il te reste à faire ! T'ecris le scénario du film et tu le proposes a un grand realisateur ! Et le tour est joué. :D

7/7/05 8:05 PM  
Blogger Maurice a écrit...

Après la Marseillaise qu'on cherche à réhabiliter en ce moment je verrais bien en deuxième position la cantate à Jean Bart !

7/7/05 9:07 PM  
Blogger tirui a écrit...

pas bien compris ton lien de parenté avec jean Bart... si c'est ton grand-père, alors au mieux ton père est né en 1703, ou ta mère, mais si c'est ton père on peut encore imaginer qu'il était en état de procréer centenaire, mais tu aurais quand même 200 ans, je t'imaginais plus jeune quand même

7/7/05 11:50 PM  
Anonymous Anne a écrit...

Tiens tiens tiens, une âme de corsaire, la belle Anitta ? Oui ça le fait !

Bisous

8/7/05 8:33 AM  
Anonymous barnabé a écrit...

N'empêche que je te trouve une ressemblance avec la marquise des anges.
Dis ton homme, avant de voguer sur les voies et de grimper sur les mats électriques, il n'aurait pas naviguer ?
Et j'ai bien vu cette petite cicatrice lorsqu'il s'est rasé l'autre jour, j'ai mon idée sur la question.

Sinon, pour ton caractère de pioche, il doit y avoir d'autres explications non ?
Parce que le mien, de sale caractère buté, il ne vient pas du Nord.
;-)

8/7/05 9:52 AM  
Blogger Limboman & jcpdt7j a écrit...

anitta tu écris bien
:-)

21/7/05 2:13 PM  

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